Tant que l’Empire prospère, les Conventionnels qui ont tant bien que mal trouvé une place, se satisfont de leur situation. D’ailleurs, ils n’ont pas le choix. Depuis le début, la parole est aux militaires. De Marengo à Hohenlinden, d’Ulm à Austerlitz, d’Auerstadt à Iéna, d’Eylau à Friedland, d’Eckmühl à Wagram, de Somo-Sierra à La Moskova, les victoires paient les rentes viagères et les dorures, les titres et les décorations.
Mais l’effondrement qui s’annonce remet tout en cause. La retraite de Russie, après une suite de campagnes victorieuses et meurtrières, épuise les ressources de la France en hommes. L’Empire agonise pendant un an. En décembre 1813, les armées coalisées se présentent devant le Rhin, qu’elles n’ont pas franchi depuis 1795 ! A l’heure du péril, Sa Majesté Impériale et Royale Napoléon Ier fait appel au sacrifice de ses fidèles serviteurs. Au plus haut niveau, il réclame un suprême effort et le soutien, notamment financier, de ses hommes d’état.
Et là, Napoléon éprouve une déception prévisible. Le Corps Législatif, muet et paralysé pendant quatorze ans, demande des réformes libérales, comme si la catastrophe imminente permettait un débat académique sur des projets de loi émancipateurs. L’Europe en armes se présente aux frontières et le Corps Législatif devient sourcilleux sur l’étiquette ! L’invasion menace et ces messieurs veulent réorganiser les pouvoirs. Le moment est mal choisi. Pour légiférer sous la menace des bayonnettes et des bombes, il faut être la Convention Nationale. D’ailleurs, le Corps Législatif, qui n’a pas de véritable programme, montre seulement un mouvement d’humeur et se défoule. Napoléon, qui veut “chausser les bottes de 93”, n’a pas le temps de s’attarder à des enfantillages. Il clôt la session.
Pour Napoléon, le pire reste à venir de la part de ses parlementaires. A la lumière du type de recrutement qui a prévalu dans les assemblées de l’Empire, sa propre surprise est surprenante. Il avait déjà déclaré, quatorze ans plu tôt, à l’époque du Coup d’Etat : “Qu’il y a peu d’hommes dans ces Conseils ! Quelle pauvreté !” Et en effet, les assemblées de l’Empire, emmasculées au préalable, n’ont pas de tempérament. Quand Napoléon se tourne vers elles, il cherche des lions et trouve des boeufs. Significativement, il déclare à Carnot, resté, lui, quatorze ans dans l’opposition, et qui vient lui proposer son aide : “Monsieur Carnot, je vous ai connu trop tard !”


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