Les conjurés expliquent alors aux Anciens que leur interêt est d’être plus sage et plus calme que les Cinq Cents et les choses sérieuses commencent. Les députés des Cinq Cents achetés se rassemblent et forment une assemblée d’une quarantaine de députés, qui ne représentent que leurs intérêts et ceux de Bonaparte. Ce parlement-croupion vote la fin du Directoire. L’Article Premier de la loi du 19 Brumaire stipule :“Il n’y a plus de Directoire, et ne sont plus membres de la représentation nationale, pour les excès et les attentats auxquels ils se sont constamment portés, et notamment (...) dans la séance de ce matin, les individus ci-après nommés.” Suivent 62 noms de députés des Cinq Cents, dont 18 ex-conventionnels.
Une Commission Exécutive provisoire de trois Consuls est nommée : Bonaparte, Siéyès, Roger-Ducos. Par ailleurs, les Conseils sont ajournés, d’abord pour six semaines, puis sur l’insistance des Consuls, pour quatre mois. Une commission formée de 25 députés des Cinq Cents est formée. Elle comprend neuf ex-conventionnels, complices du Coup d’Etat. De même, aux Anciens, une autre commission de 25 députés-complices est formée, dont cinq ex-conventionnels.
Seul parmi les Anciens, pathétique, Pierre Guyomar n’a pas encore été réduit au silence. Au prix de sa carrière, il porte témoignage pour la Convention. Ce jour-là, Guyomar s’élève au niveau des grands disparus. Il sait le combat perdu pour la République, mais il dénonce, face aux puissants du jour, les abus de pouvoir et ces résolutions, plus inconstitutionnelles les unes que les autres.
Les Commissions de 25 mettent à profit leurs quatre mois de délai pour réduire l’opposition parlementaire. Elles ont tout le temps d’amadouer les récalcitrants, ou d’éliminer des assemblées les irrécupérables. Le personnel politique “maintenu” va donc occuper les sièges des assemblées du Consulat. L’histoire du Long Parliament épuré au profit de Cromwell, se répète. Une épuration parallèle s’opère dans l’administration. Thirion, Tournier et Voulland sont par exemple révoqués. D’épuration en épuration, le pouvoir législatif est expurgé de ses ferments démocratiques. La volonté désormais dictatoriale du nouveau maître impose en peu de temps une docilité, une servilité absolue.
Sur le plan politique, les choses vont très vite. Le 16 novembre 1799, un nouveau serment est exigé des fonctionnaires : “Je jure d’être fidèle à la République une et indivisible, fondée sur la liberté, l’égalité et le système représentatif.” Jusqu’ici, rien que de très respectable. Siéyès jubile. Mais le 1er décembre, Bonaparte refuse brutalement son projet constitutionnel et charge Daunou de le modifier. Siéyès est le premier grand dupé de Bonaparte. Le 15 décembre, la Constitution est promulguée : “La Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée : elle est finie.” Optimisme ou autoritarisme ? Le texte du nouveau serment imposé par Bonaparte aux fonctionnaires est modifié : “Je promets fidélité à la constitution.” Plus sobre, plus souple, plus musclé. Le 24 décembre 1799, la nouvelle Constitution entre en vigueur.
Quand survient le coup d’état de Bonaparte, les membres des Anciens ou des Cinq-Cents doivent faire un choix décisif. En particulier, les ex-Conventionnels encore députés, sont une fois de plus au premier plan. Mettons de côté les députés ou directeurs qui sont dans le complot comme Siéyès, Chazal, Villetard et Roger Ducos, et plus généralement, les membres des Commissions de 25 députés établies par le coup d’état. Ceux-là donnent le vernis républicain au césarisme, la caution démocratique au dépens de leur propre liberté et de leur dignité.


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