Car la Terreur Blanche entre dans l’Histoire. La Terreur Blanche n’est pas le fait de quelques individus, fous de douleur, vengeant la mort d’un proche, victime de la Terreur montagnarde. La Terreur Blanche, calculée et méthodique, est la partie visible d’un plan prémédité par les conseillers du futur Louis XVIII. Depuis la chute de Robespierre, les Bourbons, redevenus très actifs, disposent d’agences d’espions à Paris et à Lyon. Ils émettent quantités de faux assignats et ont des réseaux d’informations.Ils utilisent des agents provocateurs, des émigrés, des déserteurs, des prêtres. Tous ces agitateurs terrorisent les agents de l’administration républicaine. Les agents des Bourbons mènent une guerre de propagande moderne, avec agents d’influence.Pour écoeurer le public de la République, les journaux royalistes dans toute la France font campagne contre les hommes de l’An II, appelant toujours à la désobéissance et parfois au meurtre.Sur le plan militaire, les Bourbons collaborent plus que jamais avec les puissances étrangères. Ils prévoient de rallumer la guerre de Vendée, d’entreprendre des débarquements, de séduire les généraux républicains par des promesses mirobolantes en cas de trahison.
Sur le plan parlementaire, la pression sur les députés devient critique. La corruption et la séduction sont à l’oeuvre.Des députés Royalistes de la Convention sont bien sûr dans le complot, mais en nombre insuffisant. Le Régicide rend problématique la Restauration par la voie parlementaire. La corruption atteint alors des députés influents et fluctuants tels que Saladin, Rovère, Tallien, Merlin de Thionville, Legendre, Barras et Dumont. Leur vote pour la mort de Louis XVI pose problème. Aussi, les agences des Bourbons proclament à l’intention des régicides : “Les régicides pourront exceptionnellement être pardonnés quand le rétablissement de la Monarchie serait dû à la grandeur de leurs services.”
Mais l’élément typique de la Terreur Blanche est l’emploi, au nom de Dieu et du Roi, de tueurs, formés, armés, encadrés et payés. Recrutés parmi les déserteurs, les émigrés rentrés clandestinement, leurs anciens serviteurs et les prêtres, ils sont organisés en bandes comme les Compagnies de Jésus ou les Compagnies du Soleil, auxquelles sont fournies des listes de “terroristes” à éliminer et tous les renseignements nécéssaires à des massacres collectifs. Ces moyens immorauxforment un arsenal colossal. Les Montagnards avaient-ils tort de mettre la Terreur à l’ordre du jour, tenant compte de la puissance de leurs adversaires et du degré d’acharnement de la Contre-Révolution ?
Le 5 mai, c’est le premier massacre. A la prison de Roanne, les prisonniers républicains sont exterminés. A Paris, le 7 mai, après un procès long de quarante et un jours, afin de donner le maximum de publicité à l’ignominie de la Terreur Rouge, Fouquier-Tinville et quinze de ses collègues du Tribunal Révolutionnaire sont guillotinés. Alors que la charette roule vers l’échafaud, Fouquier-Tinville, à qui l’on crie par ironie : “Tu n’as pas la parole !”, résume le problème du moment : “Et toi, canaille imbécile, tu n’as pas de pain !”


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